L'introduction de l'ours slovène dans les Pyrénées, la légende...

Ô combien de personne nous posent la question fatidique : « Que pensez-vous de la réintroduction de l’Ours dans les Pyrénées ? »

Aïe ! Pensez que vous êtes peut-être en face d’un des derniers vrais ours pyrénéens …. Mais bon, nous sommes « relativement ouverts » et essayons de vous faire comprendre les différents points de vue…

Mais pour parler de la « réintroduction de l’Ours », il faut parler de l’histoire des réintroductions, de l’Ours pyrénéens et des Pyrénéens qui sont plus ou moins ours…

L’histoire des réintroductions, nous allons la commencer avec la marmotte. Nous ne parlerons pas des réintroductions pour la chasse (mouflons corses…)

Il était une fois. Il y a très, très, très longtemps, la marmotte avait totalement disparue des Pyrénées suite au changement climatique qui a suivi l’air glacière. Le changement de cadre ne lui a pas convenu. Quelques années après…1948, « ils » décidèrent d’introduire la marmotte alpine dans les Pyrénées. Pourquoi ? Car elle existait quelques 20000 ans… Quoi qu’il en soit c’est maintenant pour le plaisir des petits et des grands et nous serons sûrement à marmottes pour les Alpes qui craignent leur disparition.

Bé ! Entre nous, le crocodile a aussi existé dans les Pyrénées et a disparu suite à un autre changement climatique. Mais là, pour l’instant sa réintroduction n’est pas à l’ordre du jour… Qui sait avec le réchauffement climatique, et la logique de certains lobbys… Ah oui ! Ce n’est pas un animal emblématique et mythique pour les Européens…du moins pour eux.

Bon et l’Ours ?!

Reprenons… Il était une fois. Il y a très, très longtemps, l’Ours vivait en totale harmonie avec les Pyrénéens : sauf quand il s’approchait des ruches, sauf quand il s’approchait un peu trop près des troupeaux nombreux à cette époque, sauf quand les Pyrénéens voulaient se recycler en montreur d’ours (Ariège), sauf quand pour vivre, les Pyrénéens emmenaient la Haute des plaines à la chasse au grand trophée pour qu’ils se fassent des descentes de lit… Un grand respect liait les ours aux Pyrénéens… Le surnom de l’Ours était « Monsieur » ou plutôt « Lou Mossur » ; ceci pour rappeler le respect qu’il y avait et qu’il y a pour cet animal si proche de l’Homme.D’un côté, c’est peut-être l’animal le plus intelligent que l’on ait : balisage pour se repérer (Et oui ! Eux aussi ! Mais ils ne mettent pas des tas de pierres n’importe où, eux !), l’éducation des petits relève de la mère qui peuvent donner quelques petits coups de mimine pour faire comprendre que ce n’est pas bien sans être poursuivi en justice pour mauvais traitement…

Que s’est-il passé ? Le temps a passé et leur nombre a réduit. Une reproduction tous les deux ans, avec une moyenne de deux petits, de plus en plus de monde en montagne et donc moins de tranquillité, rien n’était là pour une stabilisation d’une espèce qui fuit l’Homme. On vous donnera maintes etmaintes raisons différentes.

1996, il est comptabilisé 6 ours. Crainte européenne de voir disparaître cet animal, il est décidé de payer un aller simple pour quelques ours slovènes qui paraissent être le plus proche de l’ours pyrénéen ; sauf que ce sont des ours de basse altitude (800-1200m), légèrement plus carnivores et … slovènes à qui on n’a rien demandé…Imaginez qu’on vous oblige à migrer au Japon sans téléphone portable avec l’application traducteur japonais-français, ni le manuel« Comment se faire comprendre des japonais en 3 leçons ». N’imaginez même pas de faire le voyage en classe affaire ; soyez contents on vous paye le voyage ! Ah ! Vous auriez préféré une autre destination ? Et non !! C’est comme ça.

Ont-ils demandé l’avis des Pyrénéens ? Ils pensent que nous sommes encore à l’air de la télévision en noir et blanc. Donc bien sûre qu’ils savent mieux que nous ce qui est bien pour les Pyrénées et les Pyrénéens.On m’a bien demandé, une fois, si nous avions des écoles….Ah ! Oui…….On se reproduit aussi…. Et sans passer par l’émission « L’Amour est dans le pré » (autre question…). C’est incroyable !!!

Quoi qu’il en soit, on nous a demandé où on les mettait…Bien, là où il y en a toujours eu….

Et voilà, Melba avec ses deux petits, Ziva et son petit parachutés dans les Hautes Pyrénées. Pensaient-ils qu’elles allaient rencontrer nos ours locaux ? Combien de temps il vous faudrait pour vous intégrer à la société japonaise très traditionnelle ? Je vous rappelle ; pas touche au téléphone portable, vous avez juste un gentil bracelet émetteur pour voir comment vous évoluer en terre inconnue.

Ont-ellesrencontré au moins un ours local ? Personne ne le sait. Par contre leur aventures’est malheureusement vite terminée laissant derrière elles trois orphelins : Canelle, Bouxi et Kouki.

Les oursons ont besoin de leur mère pour apprendre à s’alimenter, choisir les bonnes racines… Que vont-ils devenir ?

Camelle a eu la chance de rencontrer Pyros qui a d’abord été son éducateur, puis son compagnon. Pour elle, tout le monde connait la suite ; ils vécurent heureux et eurent beaucoup….. d’oursons. Mais pour Kouky et Bouxy, les deux oursons mâles devenus de grands copains, eux n’ont pas eu la même chance. Ils ont fui la zone où leurs mères ont été tuées et sont partis là où les êtres humains sont moins présents en montagne. Mais la faim est là. Allez direction la restauration rapide mais de qualité ! Le Mac Donald ariégeois : du haut de gamme 100% terroir ! Ils ont bon goût les petits…. En claire, les attaques sur les troupeaux furent nombreuses et systématiques. Nous étions face à deux oursons anormalement carnivores. La haute délinquance orsine est née. Deux bout de choux qui ont fait autant de dégâts qu’une dizaine d’ours.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, les bouts de choux sont devenus ados puis adultes avec les pulsions d’ados et d’adultes. Et où sont les femelles ? Pas en Ariège à cette époque là. Donc nos deux copains sont partis à la recherche d’une chère et tendre. Comme ils s’avaient l’habitude d’aller au Mac Do, en Ariège, ils s’arrêtèrent à tous les Mac Do se trouvant sur leur chemin….d’où la généralisation des attaques sur une bonne partie de la chaine pyrénéenne. Mais, c’était sans compter sur la présence de Pyros, le mâle dominant. Donc ? Et bien retour à la case départ, en faisant quelques poses aux différents Mac Do se trouvant sur leur route…Ainsi ce phénomène se répéta tous les ans, jusqu’à ce qu’enfin des ourses s’installèrent sur cette terre idéale pour l’ours : l’Ariège…

En tout cas, cette histoire fut le début d’une montée du racisme…envers les ours slovènes etest née la grande discussion « Pour ou contre l’ours ».

Mais au fond, c’est quoi le problème ? Pourquoi ces nounours font tant parler, font tant écrire, font tant de bruit ?

Passons à une explication plus sérieuse. Le problème ? Humainement parlant, économiquement parlant, où en sommes-nous dans les Pyrénées ?

Une des grandes richesses pyrénéennes, une de ses grandes fiertés était l’élevage ; l’élevage de la brebis pour une bonne partie de la chaine pyrénéenne. Mais depuis plusieurs années c’est un combat de tous les jours pour survivre : certains ont opté pour un emploi supplémentaire pour garantir un revenu. En absence de prédateur, les éleveurs ont économisé un salaire en n’engageant plus de berger. Oui il existe des aides pour maintenir cette activité en montagne ; au moins une chose que nos supers diplômés : l’élevage est une nécessité pour préserver la montagne, sa biodiversité mais aussi pour l’entretien des stations et des sentiers de randonnées….Mais est-ce que cela suffit ? Entre ce que le fonctionnement de l’élevage nécessite, ce qui est redonné à l’Etat et un prix de vente de l’agneau à un prix relevant parfois de l’insulte (sachant que là, nous avons la qualité).

Oui il y a aussi des aides liées au développement de la population d’ours. Mais là, ce n’est pas des aides directes : reconstruction de cabanes de berger digne de ce nom, financement de parcs mobiles, aides au financement des Patous…. Mais est-ce que cela suffit ? Actuellement beaucoup d’éleveurs se regroupent pour pouvoir salarier un berger. Ce qui implique qu’un berger garde 500, 800, 1000 voire 1500 brebis qui, au passage, avaient pris des habitudes de déplacement vers des zones qui sont maintenant à risque car en forêt. Vous rajoutez que le problème n’est pas l’attaque par elle-même : l’ours est opportuniste pas forcément très carnivore. Mais son simple passage disperse les troupeaux, et on en perd plus par les chutes en falaise. Et contrairement aux attaques, les brebis mortes par affolement, les fausses couches tout ceci n’est pas remboursé. En claire, pour une attaque, une ou deux brebis seront remboursées généreusement, mais les vingt brebis qui auront sauté la falaise, les dix fausses couches non plus…. La perte est énorme pour des éleveurs en survie.

La solution ? La valorisation de l’élevage montagnard : faisons en sorte que les éleveurs puissent vivre de leur travail, puisse avoir un berger pour 100-200 têtes. Comment ? La généralisation des labels pyrénéens pour une vente à des taux plus justes.

Vous, les nouveaux seigneurs d’une république oubliée, vous voulez faire de nos Pyrénées un Center Parc où on peut faire des safaris photos. Nous, nous voulons juste vivre sur les terres qui nous ont vu grandir. Nous voulons juste vivre de notre travail. Nous ne sommes pas de la faune locale ; les pyrénéens sont des êtres humains dignes de votre respect. Mais il semblerait que vous avez plus de respect pour un plantigrade que pour des êtres humains qui se tuent au travail pour vivre et pour faire vivre les Pyrénées. Sans l’élevage, sans les Pyrénéens oubliez la montagne telle que vous la voyez actuellement…..

Silvia août 2017